Gaspillage alimentaire : une première approche

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Depuis 50 ans, que de changements dans notre façon de nous alimenter. Nos parents et leurs parents avant eux, ne consommaient pas comme nous. Leur alimentation était davantage dépendante des saisons. De plus, certaines générations avaient connu des pénuries : il leur était impossible de gâcher de la nourriture.

Une si vaste poubelle ?
Aujourd’hui, la nourriture est moins chère et la publicité ainsi que les offres promotionnelles, partout autour de nous, encouragent sans cesse à acheter en trop grosse quantité et nous n’arrivons pas à tout consommer.
Jeter de la nourriture ne semble plus « tabou ».
Dans les champs, les usines, les maisons, au restaurant : il y a en permanence d’énormes pertes et gaspillages de nourriture.
Cette vaste poubelle qui déborde devient une ombre préoccupante sur le modèle de développement qui a régi ces 5 dernières décennies l’économie des pays occidentaux. Un modèle économique qui, aujourd’hui – nous le savons avec certitude – apparaît totalement insoutenable.

Misère du PIB …
Peut-on encore accepter une économie qui se mesure uniquement sur la croissance du produit intérieur brut –le « fameux » P I B- et se fonde sur l’augmentation continue de la consommation, sans prendre en compte le fait que les ressources naturelles sont limitées et que notre planète possède des frontières physiques, limites infranchissables à la croissance ? Une économie qui n’a jamais vu dans le gaspillage des ressources, en particulier celles alimentaires, un facteur négatif, et qui l’a même toléré, en le considérant comme un sous-produit inéluctable de son modèle de production. Toléré, voire stimulé.
La réalité culturelle, sociale et économique dans laquelle nous souhaitons vivre n’accepte pas plus les inégalités, les injustices, que le gaspillage.

… PIB de la misère !
Cette préoccupation n’est pas nouvelle puisque la Conférence mondiale sur l’alimentation avait déjà indiqué … dès 1974 que la réduction des pertes de nourriture après récoltes dans les pays en développement pouvait constituer un moyen de lutter efficacement contre la faim dans le monde.
Faut-il rappeler que, 40 ans plus tard, le nombre de sous-nutris sur la planète avoisine les neuf cents millions ? Que dans ce monde gavé de nourriture, un enfant meurt de faim toutes les 6 secondes ? Que dans la douce France, 4 millions de personnes ont recours chaque année à l’aide alimentaire ?
Notons à ce sujet que l’insécurité alimentaire pourrait concerner une population  plus importante : on le sait, certaines personnes ont des réticences à solliciter une assistance.

De quoi parlons-nous ?
En prenant en considération toutes les phases de la filière agroalimentaire, on peut distinguer les pertes en amont de la filière agroalimentaire (semence, culture, cueillette, première transformation agricole, …) assimilées aux pertes alimentaires ; le gaspillage réalisé pendant la transformation industrielle, la distribution et la consommation finale – le gaspillage alimentaire, proprement dit.

Ces dernières années, au sein de la Commission européenne de l’agriculture et du développement rural, on a parlé d’ « ensemble des produits écartés de la chaîne agroalimentaire, qui – pour des raisons économiques, esthétiques ou pour la proximité de l’échéance de consommation, bien qu’encore comestibles et pouvant donc être destinés à la consommation humaine -, vont très certainement être éliminés, en l’absence d’un usage alternatif possible ».

Des enjeux énormes
Ils sont à la fois économiques, environnementaux et sociaux. 

L’organisme spécialisé des Nations Unies, la FAO, chiffre à 750 mille milliards de dollars le total des pertes et des gaspillages alimentaires chaque année dans le monde. Ce montant est exprimé en prix à la production ou à l’exploitation. En valeur commerciale, il serait évalué à près de 1000 milliards de dollars.
Pour estimer l’impact environnemental d’un aliment, il faut prendre en considération son « cycle de vie » complet, en parcourant toutes les phases de la filière alimentaire. On peut considérer trois indicateurs : empreinte carbone, empreinte écologique et empreinte eau.
Rappelons que le cycle de vie de la nourriture d’un Français moyen représente environ 20% du total de ses émissions en gaz à effet de serre quotidiennes.
La production alimentaire perdue et gaspillée contribuerait à 3,3 milliards de tonnes de CO2 équivalent gaz à effet de serre rejetés chaque année dans l’atmosphère.
Le coût environnemental total du gaspillage alimentaire annuel mondial est évalué par la FAO à 700 mille milliards de dollars.
Quant au coût social, l’organisme onusien le chiffre à mille milliards. Il s’agit notamment de l’impact des pesticides sur la santé humaine, la perte de moyens de subsistance liée à la raréfaction des ressources naturelles, des subventions visant à produire des denrées jetées, des conflits favorisés par une pression exercée sur les ressources naturelles.
Mais il existe d’autres coûts plus difficilement mesurables, comme la valeur des poissons rejetés à la mer, ou encore la perte de la biodiversité.

Le refus du gaspillage alimentaire : un véritable enjeu de société, au Nord comme au Sud.