Perturbateurs endocriniens : un fardeau économique pour aujourd’hui comme pour demain

Combien coûte à la santé l’exposition de la population aux substances chimiques déréglant le système hormonal ? Une étude américaine répond dans une étude publiée le 18 octobre (revue Lancet Diabetes & Endocrinology) par un chiffre qui donne le tournis : 340 milliards de dollars aux USA (308 milliards d’euro).

Foutues molécules

Présents dans de nom­breux pesticides, solvants et plastiques, dans certains cosmétiques ou conditionnements alimentaires, les PE sont des mo­lécules (bisphénols, dioxines, phtalates, etc.) interférant avec le système hormonal. Certains peuvent produire de graves effets à de faibles niveaux d’exposition.

Ces PE sont fortement suspectés de jouer un rôle majeur dans le développement de nombreuses pathologies : cancers multiples, diabète, obésité, difficultés de procréation, retard intellectuel, notamment.

Déjà, en Europe

La situation était déjà très inquiétante dans l’Union européenne. En mars 2015, des biologistes de la New York University School of Medicine avait évalué à 157 milliards d’euros le coût sanitaire annuel des perturbateurs endocriniens.

Concernant la répartition par type de perturbateurs, les pesticides sont responsables à eux-seuls de 120 milliards. En ce qui concerne la répartition par maladies, les troubles neurologiques représentent un coût de 132 milliards.

Pour nombre de scientifiques, ce résultat chiffré est sous-estimé, car des études de qualité ne sont pas disponibles sur toutes les substances suspectes. « [Nous n’avons] pris en compte qu’environ 5 % des PE présents sur le marché », précise le coordonateur de l’étude.

Une situation pire aux Etats-Unis

Selon l’étude d’octobre 2016, qui s’est appuyée sur les analyses urinaires et sanguines d’environ 5.000 participants, le coût pourrait monter à 340 milliards de dollars annuels.

Au premier plan de ces dépenses, les retardateurs de flamme bromés engendrent chaque année la perte de 11 millions de points de quotient intellectuel (QI) et 43.000 cas de retard intellectuel chez les enfants. Le coût neurologique des perturbateurs endocriniens s’élève à 282 milliards de dollars.

Liés au phtalate DEHP, l’endométriose et les fibromes utérins (86.000 cas annuels) viennent en deuxième position (42,8 milliards d’euros), devant la mortalité cardiovasculaire, l’obésité et le diabète, les troubles reproductifs masculins.

Des conséquences bien spécifiques

Les retardateurs de flamme bromés sont des mélanges de produits chimiques, ajoutés à une grande variété de produits, pour les rendre moins inflammables. Ils sont utilisés couramment dans les plastiques, les textiles et les équipements électriques/électroniques. Ces retardateurs tels que les PBDE jouent le premier rôle dans la perte des points de QI chez l’enfant, alors que les pesticides organophosphorés sont la cause principale des conséquences sanitaires et financières dans l’UE.

Selon de nombreux chercheurs, la facture – tant européenne qu’étasunienne- serait éloignée de la réalité. Il reste encore à affiner les conséquences de plusieurs maladies associées à des substances qui n’ont pas été incluses, notamment les cancers hormonodépendants tels que ceux du sein et de la prostate.